La compagnie aérienne écrit que « votre demande est trop ancienne » : que signifie cette réponse ?
En bref
« Trop ancienne » est une affirmation qui peut reposer sur les conditions de la compagnie, sur la prescription ou sur une réclamation tardive. Le règlement européen ne fixe aucun délai, et les conditions de la compagnie ne peuvent pas limiter vos droits au titre du règlement (art. 15, paragraphe 1). En France, la prescription est de cinq ans (article 2224 du code civil, tranché par la Cour de cassation) : c’est le délai que la compagnie invoque qui détermine la réponse.
Par Airlate · Publié · Mise à jour
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D’abord : quel délai la compagnie invoque-t-elle ?
Le mot « ancienne » peut renvoyer à trois choses très différentes, régies par des règles différentes. Les conditions propres de la compagnie peuvent comporter un délai pour réclamer. La prescription est le délai fixé par la loi pour faire valoir une créance. Le délai de réclamation est l’exigence de prévenir la compagnie dans un délai raisonnable. Une réponse qui dit seulement « trop ancienne » ne montre pas laquelle de ces trois la compagnie invoque.
Les règles européennes ne fixent aucun délai. Le règlement (CE) n° 261/2004 ne contient aucune disposition sur le délai de prescription. La Cour de justice de l’Union européenne a jugé que le délai pour intenter l’action en indemnisation fondée sur les articles 5 et 7 est déterminé selon les règles de chaque État membre en matière de prescription, pourvu qu’elles respectent les principes d’équivalence et d’effectivité (C-139/11, dispositif et points 24 et 26).
Cet article porte sur la réponse que vous avez reçue. La situation en France est exposée plus bas.
| La compagnie renvoie à | Ce qui s’applique réellement |
|---|---|
| « Selon nos conditions, les réclamations doivent être déclarées sous six mois. » | Les obligations prévues par le règlement ne peuvent être limitées ni levées, par exemple par une clause restrictive du contrat de transport (art. 15, paragraphe 1). Qu’une clause donnée constitue une telle limitation s’apprécie au cas par cas. |
| « Cela fait plus de deux ans. » | Le délai de deux ans de la Convention de Montréal ne peut pas être considéré comme applicable à l’indemnisation des articles 5 et 7 (C-139/11, points 27 à 29). Les règles nationales décident du délai applicable. En France, la Cour de cassation a jugé que c’est la prescription de cinq ans de l’article 2224 du code civil (1re chambre civile, 17 mai 2017, n° 16-13.352 ; 14 mars 2018, n° 17-15.378). |
| « La demande est prescrite. » | La compagnie doit préciser le droit de quel pays elle invoque. En France, le délai est de cinq ans, et la DGAC l’indique à compter de la date de l’incident. Cinq ans n’est toutefois pas une raison d’attendre. |
| « Vous n’avez pas réclamé à temps. » | Le règlement ne fixe aucun délai pour réclamer auprès de la compagnie. Qu’un délai de réclamation existe, et lequel, dépend du droit national applicable. En France, la réclamation se fait d’abord auprès de la compagnie (DGAC) ; mieux vaut donc ne pas tarder à l’adresser par écrit. |
| « Il existe désormais un délai de neuf mois. » | Ce délai ne s’appliquera qu’à partir du 23 octobre 2027 (règlement 2026/2202, art. 3). Le règlement ne contient aucune disposition transitoire. |
Les conditions de la compagnie ne mettent pas le règlement hors jeu
L’article 15, paragraphe 1, dit que les obligations à l’égard des passagers ne peuvent être limitées ni levées, notamment par une dérogation ou une clause restrictive du contrat de transport. Si la compagnie renvoie à un délai plus court dans ses conditions, c’est donc quelque chose qu’elle doit pouvoir expliquer au regard de cette disposition.
Personne ne peut dire d’avance comment chaque clause sera appréciée. Mais une clause des conditions de réservation n’est pas un motif en soi, et une réponse qui se borne à citer les conditions n’a pas démontré que la demande est sans fondement.
La prescription en France : cinq ans, tranchée
Le droit de quel pays s’applique dépend du cas. C’est une question à laquelle on ne peut pas répondre de façon générale et que la réponse de la compagnie ne tranche pas. Si le droit français s’applique, le tableau est le suivant.
Cinq ans. Selon l’article 2224 du code civil, les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer. La Cour de cassation a jugé que l’action en paiement de l’indemnité forfaitaire du règlement relève de cette prescription quinquennale de droit commun, et non du délai de deux ans de la Convention de Montréal, en se référant à l’arrêt C-139/11 (1re chambre civile, 17 mai 2017, n° 16-13.352 ; 14 mars 2018, n° 17-15.378). La DGAC indique elle aussi un délai de cinq ans à compter de la date de l’incident.
Cinq ans n’est pas une raison d’attendre. Le plus simple est de conserver la réservation, les cartes d’embarquement et les messages de la compagnie, et de réclamer rapidement.
Les neuf mois ne s’appliquent pas encore
Le règlement (UE) 2026/2202 introduit une demande d’indemnisation au titre de l’article 7 dans un délai de neuf mois à compter de la date de départ, mais il ne s’appliquera qu’à partir du 23 octobre 2027. Le règlement ne dit pas comment ce délai doit être traité pour les vols antérieurs à cette date, et c’est une question juridique ouverte. Les compagnies qui invoquent déjà aujourd’hui les neuf mois ne peuvent pas s’appuyer sur une règle qui ne s’applique pas encore.
Exemple : Exemple : « nos conditions disent trois mois »
Vous avez atterri avec quatre heures de retard en janvier, sur un vol à destination de Paris, et vous avez envoyé une réclamation écrite en février. En octobre, la compagnie répond que votre demande est trop ancienne, car les conditions de réservation exigent une déclaration sous trois mois.
Au regard de ce qui précède, la compagnie a renvoyé à une clause et non à une règle du règlement, et cette clause doit pouvoir s’expliquer au regard de l’article 15, paragraphe 1. De plus, si le droit français s’applique, le délai de prescription de cinq ans n’est pas écoulé. Cela ne veut pas dire que l’indemnisation est acquise, et la compagnie peut avoir d’autres objections. Mais la réponse ne règle pas la question.
Bon à savoir si la compagnie dit que la demande est trop ancienne
- Il faut d’abord déterminer ce sur quoi la compagnie s’appuie : ses conditions, la prescription ou le délai de réclamation. Chacun relève de règles différentes.
- Pour apprécier la réponse, le droit national applicable compte aussi, et ce n’est pas la seule affirmation de la compagnie qui le détermine.
- Conservez la réponse de la compagnie dans sa version d’origine, ainsi que votre propre réclamation écrite, avec sa date.
- En France, la DGAC (Direction générale de l’aviation civile) reçoit des signalements mais ne propose pas de suivi individualisé des demandes d’indemnisation. La réclamation se fait d’abord auprès de la compagnie. Pour les compagnies adhérentes, la Médiation Tourisme et Voyage (MTV) est gratuite pour le consommateur, après un délai d’attente de 60 jours. Depuis le 7 février 2026, une action en justice fondée sur le règlement est en principe précédée d’une tentative de médiation (décret n° 2025-772 du 5 août 2025).
- Si la compagnie ne verse aucune indemnisation, Airlate n’applique pas de frais de service, selon les Conditions tarifaires. Aucune issue ne peut être promise.
Questions fréquentes
Les obligations prévues par le règlement ne peuvent être limitées ni levées par une clause restrictive du contrat de transport (art. 15, paragraphe 1). Qu’une clause donnée constitue une telle limitation dépend de la clause et du cas.
Non. La Cour de justice de l’Union européenne a jugé que le délai de deux ans ne peut pas être considéré comme applicable aux actions fondées, entre autres, sur les articles 5 et 7 (C-139/11). Les règles nationales décident à la place. En France, la Cour de cassation a retenu la prescription de cinq ans.
Le délai de prescription est de cinq ans (article 2224 du code civil), tranché par la Cour de cassation, et la DGAC l’indique à compter de la date de l’incident. Le plus prudent est de réclamer rapidement et de conserver la réservation, les cartes d’embarquement et les messages de la compagnie.
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Sources
- Arrêt dans l’affaire C-139/11, Joan Cuadrench Moré contre Koninklijke Luchtvaart Maatschappij NV (troisième chambre, 22 novembre 2012) · EUR-Lex / Cour de justice de l’Union européenne · Jurisprudence · consultée le 2026-10-15
- Règlement (CE) n° 261/2004 du Parlement européen et du Conseil, article 15 · EUR-Lex · Règlement · consultée le 2026-10-15
- Cour de cassation, 1re chambre civile, 17 mai 2017, n° 16-13.352 · Cour de cassation (reproduit sur Juricaf) · Jurisprudence · consultée le 2026-10-15
- Cour de cassation, 1re chambre civile, 14 mars 2018, n° 17-15.378 · Cour de cassation (reproduit sur Juricaf) · Jurisprudence · consultée le 2026-10-15
- Droits des passagers aériens · Direction générale de l’aviation civile (DGAC) · Autorité · consultée le 2026-10-15
- La Médiation Tourisme et Voyage · Médiation Tourisme et Voyage (MTV) · Autorité · consultée le 2026-10-15
- Règlement judiciaire des litiges aériens : nouveautés au 7 février 2026 · Institut national de la consommation (INC) · Autorité · consultée le 2026-10-15
- Règlement (UE) 2026/2202 du Parlement européen et du Conseil du 16 septembre 2026 modifiant le règlement (CE) n° 261/2004 et le règlement (CE) n° 2027/97 du Conseil (JO L, 2.10.2026) · EUR-Lex (Journal officiel de l’Union européenne) · Règlement · consultée le 2026-10-15
