Panne d’avion : quand l’exception de la compagnie tient-elle ?
En bref
Rarement, et jamais automatiquement. La Cour de justice de l’UE a jugé qu’une panne technique n’est pas en soi une circonstance extraordinaire : la défaillance de pièces de l’avion relève de l’activité normale de la compagnie, même lorsque la panne est inattendue et n’a pas été détectée lors de l’entretien courant. Pour ne pas payer, la compagnie doit prouver que la panne trouve son origine dans quelque chose qui échappe à la fois à son activité normale et à sa maîtrise effective, par exemple un vice caché de fabrication touchant la sécurité du vol et confirmé par le constructeur ou une autorité, un sabotage ou un dommage causé par un oiseau ou un objet sur la piste. Si la motivation n’atteint pas ce niveau, vous pouvez avoir droit à une indemnisation au titre du règlement (CE) n° 261/2004.
Par Airlate · Publié · Mise à jour
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Comment l’exception est construite
En cas de vol annulé, le règlement 261/2004 peut donner droit à une indemnisation financière, et selon la jurisprudence de la Cour de justice de l’UE il peut en aller de même pour un retard d’au moins trois heures à la destination finale. Une exception concerne l’information : si l’annulation vous a été annoncée au moins deux semaines avant le départ, aucune indemnisation n’est due, quelle que soit la cause, et avec un préavis plus court, une offre de réacheminement dans certaines limites peut avoir le même effet (article 5, paragraphe 1, sous c). Une autre concerne la cause, et c’est l’article 5, paragraphe 3, qui permet à la compagnie de s’exonérer de l’obligation de payer : elle n’a pas à verser l’indemnisation de l’article 7 si elle peut prouver que l’annulation est due à des circonstances extraordinaires qui n’auraient pas pu être évitées même si toutes les mesures raisonnables avaient été prises.
La Cour de justice de l’UE a interprété l’exception comme comportant deux exigences, qui doivent toutes deux être remplies (C-549/07, C-832/18). L’événement doit, par sa nature ou son origine, échapper à l’activité normale de la compagnie et échapper à sa maîtrise effective. En outre, la compagnie doit pouvoir démontrer qu’elle a malgré tout fait tout ce qui était raisonnable pour en éviter les conséquences. La charge de la preuve pèse sur la compagnie, pas sur vous.
Le considérant 14 du règlement cite les défaillances inattendues pour la sécurité du vol comme exemple de ce qui peut constituer une circonstance extraordinaire, et c’est la formulation la plus proche lorsqu’une compagnie écrit « panne » dans un refus. La Cour de justice de l’UE a toutefois lu l’exception strictement, précisément parce qu’il s’agit d’une exception à une règle générale qui protège les passagers.
Trois arrêts qui tracent la limite
Le fondement a été posé dans l’affaire C-549/07, Wallentin-Hermann contre Alitalia - Linee Aeree Italiane SpA, jugée le 22 décembre 2008. La Cour a jugé que les problèmes techniques ne peuvent être considérés en eux-mêmes comme des circonstances extraordinaires : les pannes qui apparaissent lors de l’entretien ou qui tiennent à un entretien défaillant relèvent de l’activité. L’arrêt répond aussi à deux autres questions qu’il vaut la peine de retenir. Avoir respecté les règles minimales d’entretien ne suffit pas à prouver que toutes les mesures raisonnables ont été prises. Et la fréquence avec laquelle une compagnie donnée subit des problèmes techniques ne dit rien, à elle seule, sur le caractère extraordinaire ou non de la circonstance.
Dans l’affaire C-257/14, van der Lans contre Koninklijke Luchtvaart Maatschappij (KLM), jugée le 17 septembre 2015, l’argument de la panne inattendue a été examiné. Le vol Quito-Amsterdam du 13 août 2009 a subi environ 29 heures de retard après le remplacement d’une pompe à carburant et d’une unité hydromécanique. La Cour a conclu qu’un tel problème technique ne relève pas de la notion de circonstances extraordinaires, même lorsqu’il survient de manière imprévue, n’est pas dû à un entretien défaillant et n’a pas été détecté lors des contrôles réguliers. Maintenir les avions en état de voler est le cœur de l’exploitation d’une compagnie. La Cour a ajouté que la compagnie ne peut pas non plus refuser l’indemnisation en invoquant une faute du fabricant de certaines pièces défectueuses.
L’affaire C-832/18, A e.a. contre Finnair Oyj, jugée le 12 mars 2020, porte sur un détail qui peut décider de litiges pratiques : les pièces que l’on ne remplace que lorsqu’elles tombent en panne, dites pièces « on condition ». La Cour a jugé que la défaillance d’une telle pièce relève en principe de l’activité normale, et que la compagnie ne peut donc pas invoquer des circonstances extraordinaires, même si elle dispose toujours d’une pièce de rechange, sauf si la défaillance échappe malgré tout à la fois à l’activité et à la maîtrise effective. Le même arrêt contient une information que davantage de personnes devraient connaître : celui qui a obtenu une indemnisation pour un vol annulé et accepté le réacheminement peut aussi avoir droit à une indemnisation pour un retard du vol de réacheminement, à condition que les conditions soient remplies et que la même compagnie exploite les deux vols.
Aperçu : la panne et l’exception
- Une panne technique n’est pas en soi une circonstance extraordinaire (C-549/07).
- Que la panne ait été inattendue et n’ait pas été vue lors de l’entretien courant ne sauve normalement pas la compagnie (C-257/14).
- La défaillance d’une pièce que l’on ne remplace que lorsqu’elle tombe en panne relève en principe de l’activité normale (C-832/18).
- Avoir respecté les règles minimales d’entretien ne suffit pas comme preuve de mesures raisonnables.
- La charge de la preuve pèse sur la compagnie selon l’article 5, paragraphe 3, pas sur vous.
- Quelle que soit la cause, en cas de vol annulé vous pouvez avoir le choix entre réacheminement et remboursement selon l’article 8, ainsi que la prise en charge de l’article 9 : repas et rafraîchissements et, si nécessaire, hôtel et transport.
L’étroite ouverture qui existe réellement
L’exception est étroite, mais elle n’est pas fermée. Dans Wallentin-Hermann, la Cour a donné des exemples de cas où un problème technique peut échapper à l’activité normale : lorsque le constructeur des avions de la flotte de la compagnie, ou une autorité compétente, révèle que des avions déjà en service présentent un vice caché de fabrication touchant la sécurité du vol, et lorsque les avions sont endommagés par sabotage ou terrorisme. En 2024, la Cour a précisé que l’annonce peut venir après le vol annulé : une défaillance jusque-là inconnue sur un nouveau type d’avion récemment mis en service relève de la notion de circonstances extraordinaires lorsque le constructeur, après l’annulation, admet que la défaillance tient à un vice caché de conception touchant tous les avions du même type et la sécurité du vol (C-385/23). Le point commun des cas est que l’événement, par sa nature ou son origine, échappe à l’activité normale de la compagnie et à sa maîtrise effective. Il ne suffit pas que la panne ait été difficile à détecter, ni que la compagnie en rejette la faute sur le fabricant d’une pièce défaillante (C-257/14).
Des dommages causés de l’extérieur peuvent aussi constituer des circonstances extraordinaires, par exemple une collision avec un oiseau (C-315/15) ou un pneu endommagé par un objet étranger sur la piste (C-501/17). La compagnie doit tout de même prouver qu’elle a fait tout ce qui était raisonnable pour éviter que l’événement n’entraîne l’annulation du vol ou un retard important.
C’est à la compagnie de prouver que l’exception s’applique, et un seul mot ne prouve rien. La compagnie doit pouvoir décrire de quelle panne il s’agissait, pourquoi elle est née en dehors de son activité normale et de sa maîtrise, et ce qu’elle a fait pour éviter que votre vol ne soit annulé ou retardé. Si le courrier électronique dit seulement « panne », aucune de ces questions n’a reçu de réponse. Demandez donc toujours une motivation écrite avant d’accepter un refus. À partir du 23 octobre 2027, la compagnie sera en outre expressément tenue de donner une explication claire et motivée lorsqu’elle invoque une circonstance extraordinaire (règlement (UE) 2026/2202).
Exemple : Exemple : une panne repérée lors du contrôle de la veille au soir
Votre vol de Paris à Londres est annulé le matin. La compagnie écrit qu’un composant de l’avion a montré une défaillance lors du contrôle de la veille au soir et que la pièce devait être remplacée pour des raisons de sécurité du vol. La compagnie y voit une défaillance inattendue pour la sécurité du vol.
Selon la jurisprudence de la Cour de justice de l’UE, la description ne suffit normalement pas. Des pièces tombent en panne et doivent être remplacées : cela fait partie de l’exploitation d’avions, et le caractère inattendu de la panne n’est pas en soi un argument. Vous pouvez donc avoir droit à une indemnisation, en plus du réacheminement ou du remboursement du billet. Si le constructeur ou une autorité compétente avait confirmé, avant ou après l’annulation, que la panne tenait à un vice caché de fabrication ou de conception touchant les avions du même type et la sécurité du vol, l’appréciation pourrait être différente (C-549/07, C-385/23). Que la compagnie en rejette la faute sur le fabricant de la pièce défaillante ne suffit en revanche pas (C-257/14). C’est à la compagnie de démontrer sa thèse.
De quels montants peut-il s’agir
Si la panne n’est pas considérée comme une circonstance extraordinaire, l’indemnisation se calcule selon la distance du vol, et non selon le prix du billet. Si un réacheminement vous est proposé avec une arrivée proche de l’heure d’arrivée initiale, le montant peut, dans certains cas, être réduit de 50 % (article 7, paragraphe 2).
| Distance de vol | Montant de l’indemnisation |
|---|---|
| Vols jusqu’à 1 500 km | 250 € |
| 1 500–3 500 km (et vols plus longs au sein de l’UE) | 400 € |
| Vols de plus de 3 500 km | 600 € |
Les montants s’entendent par passager.
Bon à savoir lorsque la compagnie invoque une panne
- Conservez la motivation telle quelle : courriers électroniques, SMS et notifications dans lesquels la compagnie indique la cause. La formulation du refus est souvent l’élément le plus important du dossier.
- Demandez par écrit de quelle panne il s’agissait, quand elle a été découverte et pourquoi la compagnie estime qu’elle échappait à son activité normale et à sa maîtrise.
- En cas de vol annulé, vous choisissez entre réacheminement et remboursement selon l’article 8. Choisir l’un ou l’autre ne signifie pas en soi que vous renoncez à demander une indemnisation.
- Si la compagnie n’organise ni repas, ni boisson, ni hôtel lorsque cela est dû, les frais nécessaires, appropriés et raisonnables peuvent vous être remboursés après coup (C-12/11) : conservez les justificatifs.
- En France, la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) reçoit des signalements, mais ne propose pas de suivi individualisé des demandes d’indemnisation. La Médiation Tourisme et Voyage (MTV) est gratuite pour le consommateur : il faut d’abord réclamer auprès de la compagnie, puis attendre 60 jours (la MTV couvre les compagnies membres de la FNAM et du BAR).
- Depuis le 7 février 2026, une tentative de médiation devant un médiateur de la consommation doit en principe précéder une action en justice fondée sur le règlement, sauf motif légitime (décret n° 2025-772 du 5 août 2025).
- Sur les montants possibles, voir Montant de l’indemnisation.
Questions fréquentes sur les pannes techniques
L’appréciation de la cause se fait de la même manière. La Cour de justice de l’UE a jugé qu’un retard d’au moins trois heures à la destination finale peut ouvrir le même droit à l’indemnisation de l’article 7 qu’un vol annulé et, dans le même arrêt, qu’un problème technique entraînant l’annulation ou le retard d’un vol n’est pas une circonstance extraordinaire s’il ne trouve pas son origine dans des événements échappant à l’activité normale et à la maîtrise effective de la compagnie (affaires jointes C-402/07 et C-432/07). Une panne relevant de l’activité normale de la compagnie n’est donc normalement un motif valable dans aucun des deux cas.
Pas en soi. L’expression vient du considérant 14 du règlement, mais la Cour de justice de l’UE a examiné précisément cet argument et a jugé qu’un problème technique ne devient pas extraordinaire du seul fait qu’il est survenu de manière inattendue ou n’a pas été détecté lors de l’entretien régulier (C-257/14). La compagnie doit rattacher la panne à quelque chose d’extérieur à sa propre activité et à sa maîtrise.
Cela peut jouer sur ce que la compagnie peut démontrer, mais ne tranche pas la question à lui seul. Pour l’entretien, la Cour a jugé que le respect des exigences minimales ne suffit pas à prouver que toutes les mesures raisonnables ont été prises, et que la fréquence des problèmes techniques d’une compagnie ne suffit pas à rendre une circonstance extraordinaire (C-549/07). Si l’avion était d’un nouveau type récemment mis en service, cela peut en revanche compter : une défaillance jusque-là inconnue peut être une circonstance extraordinaire si le constructeur, même après coup, admet qu’elle tient à un vice caché de conception touchant tous les avions du même type et la sécurité du vol (C-385/23).
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Sources
- Arrêt dans l’affaire C-549/07, Friederike Wallentin-Hermann contre Alitalia - Linee Aeree Italiane SpA (quatrième chambre, 22 décembre 2008) · EUR-Lex / CJUE · Jurisprudence · consultée le 2026-10-17
- Arrêt dans l’affaire C-257/14, Corina van der Lans contre Koninklijke Luchtvaart Maatschappij NV (neuvième chambre, 17 septembre 2015) · EUR-Lex / CJUE · Jurisprudence · consultée le 2026-10-17
- Arrêt dans l’affaire C-832/18, A e.a. contre Finnair Oyj (huitième chambre, 12 mars 2020) · EUR-Lex / CJUE · Jurisprudence · consultée le 2026-10-17
- Arrêt dans les affaires jointes C-402/07 et C-432/07, Sturgeon e.a. contre Condor Flugdienst GmbH et Böck et Lepuschitz contre Air France SA (quatrième chambre, 19 novembre 2009) · EUR-Lex / CJUE · Jurisprudence · consultée le 2026-10-17
- Règlement (CE) n° 261/2004 du Parlement européen et du Conseil du 11 février 2004, considérant 14 et articles 5, paragraphe 1, sous c, 5, paragraphe 3, 7, paragraphes 1 et 2, 8, 9 et 12, paragraphe 1 · EUR-Lex · Règlement · consultée le 2026-10-17
- Arrêt dans l’affaire C-385/23, Matkustaja A contre Finnair Oyj (huitième chambre, 13 juin 2024) · EUR-Lex / CJUE · Jurisprudence · consultée le 2026-10-17
- Arrêt dans l’affaire C-315/15, Marcela Pešková et Jiří Peška contre Travel Service a.s. (troisième chambre, 4 mai 2017) · EUR-Lex / CJUE · Jurisprudence · consultée le 2026-10-17
- Arrêt dans l’affaire C-501/17, Germanwings GmbH contre Wolfgang Pauels (troisième chambre, 4 avril 2019) · EUR-Lex / CJUE · Jurisprudence · consultée le 2026-10-17
- Arrêt dans l’affaire C-12/11, Denise McDonagh contre Ryanair Ltd (troisième chambre, 31 janvier 2013) · EUR-Lex / CJUE · Jurisprudence · consultée le 2026-10-17
- Règlement (UE) 2026/2202 du Parlement européen et du Conseil du 16 septembre 2026 modifiant le règlement (CE) n° 261/2004 et le règlement (CE) n° 2027/97 (JO L, 2.10.2026) · EUR-Lex (Journal officiel de l’Union européenne) · Règlement · consultée le 2026-10-17
- Droits des passagers aériens · Direction générale de l’aviation civile (DGAC) · Autorité · consultée le 2026-10-15
- Saisir le médiateur · Médiation Tourisme et Voyage (MTV) · Autorité · consultée le 2026-10-15
- Décret n° 2025-772 du 5 août 2025 (demandes fondées sur le règlement du 11 février 2004 ; tentative de médiation préalable) · Légifrance · Règlement · consultée le 2026-10-15
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